Depuis plusieurs jours, la jeunesse se soulève pour faire entendre sa voix. Reportage auprès des jeunes en blocus devant leur école à Liège, afin d'écouter et diffuser leurs revendications.
Nous sommes le mercredi 7 octobre, devant l'Athénée Léonie de Waha, dans le centre-ville de Liège. Depuis plusieurs jours, les élèves de cet établissement secondaire, à l'instar de leurs camarades des autres écoles, effectuent un blocus de leur établissement pour faire entendre leur voix et leurs revendications dans l'espace public.
Il est important de préciser à ce stade que le C-paje, pour reprendre la formule du communiqué de presse de la FMJ, "défend le droit des jeunes à s'exprimer, à s'organiser, à s'émanciper, à prendre leur place dans la société, à se mobiliser collectivement pour défendre une cause d'intérêt général, tout en condamnant les actes de violence qui portent atteinte à autrui et à l'espace public". Il est aussi important de noter que cette colère des jeunes s'inscrit dans un contexte social et politique tendu depuis l'arrivée au pouvoir de l'Arizona au Fédéral et de la majorité MR-Engagés à la Région et à la Fédération Wallonie-Bruxelles : grèves générales, grèves des enseignants... C'est l'ensemble de la société qui est touchée par les mesures, jeunes y compris.
Mais revenons à cette matinée du 7 octobre, devant l'Athénée. Les jeunes sont là, munis de leurs calicots colorés, de leurs slogans et de leur bonne humeur. Ils discutent entre eux, ils demandent aux automobilistes qui passent sur le boulevard d'Avroy de klaxonner pour montrer leur soutien à leurs revendications. Mais quelles sont-elles, au juste, ces revendications ?
"Nous, on se bat premièrement pour que Glatigny renonce à ses réformes", commence Zoé, élève de cinquième année secondaire, "les profs ont deux heures de plus sans être plus payés, et nous sommes beaucoup plus nombreux en classe, jusqu'à 35 élèves dans une seule classe ! Il y a l'abonnement du TEC aussi, dont le prix a explosé. Ils sont revenus en partie sur ce qu'ils avaient annoncé, mais cela reste quand même bien plus cher qu'avant. En tout cas, cette première baisse, cela montre au moins que notre combat fonctionne, donc ça nous fait garder espoir. L'autre sujet qui nous préoccupe, c'est le minerval à 1.200 euros, parce que cela va aggraver l'écart entre les classes sociales. Seuls les plus riches vont pouvoir aller à l'université ou faire des études supérieures. Nous nous battons pour que tout le monde puisse y avoir accès".
Romane, élève en cinquième année également, souligne, elle aussi, "ce minerval à 1.200 euros, que l'on ne peut pas accepter. Cela représente un salaire entier pour certaines personnes. Puis il y a le fait que l'on soit 35, voire 40 parfois en classe. Dans ma section en sciences sociales, nous sommes une quarantaine, et au premier cours, on était carrément debout dans la classe. Il n'y a clairement pas assez de professeurs, et ils doivent parfois se partager à trois la même matière, ce qui fait que nous, élèves, on est complètement perdus. Il y a aussi des problèmes de chauffage, de bâtiments qu'il serait grand temps de rénover..."
De manière plus générale, "on sent vraiment le sous-financement des pouvoirs publics dans l'enseignement et la jeunesse. On rabote sans cesse, on enlève certains accompagnements... Et cela ne va jamais dans l'autre sens", soupire Zoé. "On sent qu'on va nulle part", ajoute Romane, "nos parents ont de plus en plus de mal à payer les factures, et nous, comment on va faire pour la suite ? C'est quoi, nos perspectives d'avenir ?" Surtout que cette jeunesse ne se sent pas écoutée. "On ne parle pas assez de nos revendications", s'indigne Romane, "j'ai regardé les infos l'autre jour, ils ne parlent quasi que des casseurs. Nous, on crie pour nos droits, mais personne n'écoute nos revendications. Et si le gouvernement n'avait pas touché à l'accès à nos droits, il n'y aurait pas ce phénomène de casseurs".
Quid de la suite ? Les jeunes semblent décidés à poursuivre leur mobilisation. "On va continuer, et j'espère vraiment que ça va porter ses fruits, que les décideurs vont nous écouter et arrêter de nous montrer qu'ils s'en foutent de notre avenir, parce que là, c'est l'impression qu'ils nous donnent", conclut Zoé. Le mouvement des jeunes devrait donc continuer dans les prochains jours. De quoi coïncider avec la prochaine journée de mobilisation syndicale nationale qui approche à grands pas, ce vendredi 9 octobre à Bruxelles.