Ce week-end du 29 août, la communauté LGBTQIA+ et ses alliés ont arpenté les rues de Liège pour la deuxième édition de la Pride. Témoignage de Benoît, qui rappelle que cette marche est avant tout une lutte politique plus indispensable que jamais.
Ce week-end du 29 août, Liège a célébré la deuxième édition de sa Pride. Deux ans après le coup d'essai réussi de 2024, c’était un vrai bonheur de retrouver les amis — qu’ils soient gays, lesbiennes, trans ou alliés — et de défiler ensemble dans notre ville.
Mais il faut le redire avec force : une Pride n’a jamais été un simple défilé festif ou un rassemblement superficiel. C’est une marche militante. Elle trouve ses racines dans les émeutes de Stonewall en 1969, lorsque la communauté s'est levée face aux violences policières. Descendre dans la rue un jour par an, c'est exercer un droit légitime : celui de montrer qui nous sommes vraiment, d'investir l'espace public, de faire du bruit et d'exister sans filtre. C'est ce moment magique où l'on peut enfin embrasser son ou sa partenaire spontanément, au milieu de sa propre ville, sans avoir à y réfléchir à deux fois.
Une édition 2026 arrachée au prix fort
Si l'événement a pu revoir le jour cette année, c'est avant tout grâce au travail titanesque et formidable des bénévoles et des associations. Car la route a été semée d'embûches. Après une première édition flamboyante en 2024 depuis la place Saint-Lambert, la Pride n'avait pas pu se tenir en 2025, la Ville arguant des travaux du tram et de difficultés d'encadrement.
Cette année encore, l’implication des autorités est restée frileuse, forçant les organisateurs à récolter eux-mêmes les fonds pour faire exister le rassemblement. Et cette tiédeur s'est ressentie sur le terrain. Loin du centre-ville, nous avons été redirigés le long des quais, devant l'Aquarium, pour finir en Outremeuse. Un parcours excentré, apparemment justifié par la volonté de ne pas perturber la circulation du tram.
Sécuriser ou invisibiliser ?
À cela s'est ajoutée une pression sécuritaire considérable. Suite aux tragiques événements de la Pride de Berlin cette année, où un individu a foncé dans la foule en voiture, un encadrement policier maximal et un rassemblement final dans un espace clos ont été mis en place.
Résultat : le cortège a été dirigé vers les locaux de Saint-Luc (le B9). Une fête de clôture entre quatre murs qui a pris de court de nombreux participants, contraints de quitter le cortège faute d'avoir réservé leur pass. Entourés par une forte présence policière, nous étions encadrés, protégés... mais aussi mis à l'écart.
Sous prétexte de nous sécuriser, je ne peux m'empêcher d'avoir un sentiment mitigé. J'ai l'impression que nous avons été invisibilisés. Et une question me hante : en acceptant d'être relégués hors du centre et enfermés pour notre propre sécurité, avons-nous vraiment fait avancer la cause ?
Un recul historique et une urgence à se battre
Ce questionnement intervient dans un contexte mondial inquiétant. Pour la première fois depuis le début du mouvement des droits LGBTQIA+, nous assistons à un recul historique. Des pays font ouvertement marche arrière sur le plan législatif — qu'on pense à la Russie, à la Hongrie, ou même au Royaume-Uni avec les restrictions sur les bloqueurs de puberté pour les personnes trans. Et pour rappel, aujourd'hui, dans 64 pays sur 193, les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont criminalisées, et dans 12 d'entre eux, elles sont passibles de la peine de mort.
Sur le terrain, la résurgence des agressions homophobes est nette. Autour de moi, cette année encore, plusieurs amis et connaissances en ont été directement victimes. Plus sournoise encore, une parole homophobe « décomplexée » se réinstalle dans les milieux dits cultivés ou familiaux. C'est le fameux « tonton Georges » à la fin du repas de famille qui lâche son éternel : « Et nous, les hétéros, c'est quand notre Pride ? »
L'Histoire nous l'a enseigné : chaque fois que les codes patriarcaux et binaires sont remis en question, un réflexe conservateur tente d'imposer un retour à un ordre strict. Ce fut le cas sous l'Empire romain, après la Révolution française ou dans les années 1930.
Aujourd'hui, la lutte n'est absolument pas terminée. Plus que jamais, nous devons rester vigilants. Longue vie à la Pride de Liège, merci aux bénévoles, et n'oublions jamais : il faut continuer à descendre dans la rue, à se montrer, à se battre et à faire entendre nos voix.